LA
DANSE DU VENT
Au cours
de la dernière année, en même temps que nous accueillions un nouveau
siècle, j’entrais dans la quarantaine.
C’est alors que je pris conscience que j’avais vécu dans
l’Ouest du Canada aussi longtemps que dans ma province d’origine, le
Québec. De plus, quinze
ans s’étaient écoulés depuis mes études à l’école d’art.
Je sentais que cette année allait être importante et cela me
préoccupait.
Est-ce
que mon désir de créer continuerait à me soutenir? Est-ce que les crédits
et la reconnaissance publique pour mon travail finiraient par arriver?
C’est en regardant l’imposante pile de lettres de refus de
subventions provenant de diverses institutions que cette idée
s’imposa à moi : la
motivation . De quoi est-elle faite? Quel sens prend –t- elle pour
moi ?
Depuis
que je vis dans La Vallée du Fraser, je suis fascinée par la force du
vent, ce qui m’a amenée à expérimenter en sculpture des œuvres
actionnées par le vent . C’est
ainsi que dans mon esprit s’est créée la métaphore : le
mouvement extérieur du vent pourrait représenter le mouvement intérieur
de la motivation.
C’est
en parlant avec des amis et des membres de ma famille au sujet de ma
recherche sur le sens de la motivation que j’ai pu mieux comprendre la
provenance de cette idée : elle était intimement liée à mes
origines. En effet, d’où
me vient cette ténacité au travail? Serait-elle héréditaire? Pourquoi j’aime rêver?
Enfant
on m’encourageait à trouver des formes intéressantes dans les nuages
ou à faire des constructions à partir de tout ce qui me tombait sous
la main. Il semble donc que
l’ensemble de tous ces petits détails influence notre façon de
percevoir le monde et participe à nos prises de décisions.
Je n’ai pas fini d’essayer de comprendre ce jeu complexe
d’influences et la création artistique me permet de poser des
questions; quand j’ai réussi à faire se questionner l’autre,
j’ai l’impression que j’avance…
Les
huit lanternes formant « la danse du vent » se veulent un hommage à
ce cercle intime d’amis et parents présents dans ma vie. Si je n’ai
choisi que quatre générations de femmes de ma famille, cela ne devrait
nullement diminuer l’importance des autres ( hommes, amis, maîtres,
etc. ) qui composent ce cercle. En
déterminant quatre points cardinaux, je me situe dans l’espace et les
quatre générations me
limitent dans le temps.
Février
2001,
Galerie d’art de Richmond,
BC